La pioche à la main, les yeux hagards, le regard lointain, Teteve forait. Comme il forait depuis si longtemps : seul, perdu, vidé de cette étincelle qu'est l'espoir, la vie...
Comme souvent, il ressassait tous ses souvenirs parmi les Libres.
Les Libres Frontaliers, sa seule famille, la seule dont il se souvienne encore, celle qui lui avait tout appris.
Tous les Libres Frontaliers, du novice au commandant, tous ces homines et homin, unis et réunis dans une seule et grande famille.
La source explosa, libérant un nuage de gaz toxique qui irrita la gorge de Teteve. Mais il n'en avait cure, plus rien ne lui importait.
Teteve avait fait son possible pour alimenter la flamme qui brulait en lui, ce que certains appelaient "l'Esprit" de la Garde Noire. Quelques réfugiés l'avaient même rejoint, et il s'était lancé corps et âme pour les aider.
De nouveaux Libres. De jeunes recrues. Voir ces nouvelles têtes lui avait redonné un souffle d'espoir. Mais le temps passait, et la vie de Teteve redevenait de plus en plus sombre.
La source était vide depuis plusieurs minutes, mais Teteve ne bougeait pas. Un souffle d'air fit virvolter quelques feuilles devant lui, des papillons voletant au milieu de ces obstacles aériens. Mais ce vent était particulier. Teteve ne savait pas définir pourquoi, mais en humant l'air, il sentait une fragrance nouvelle, odeur de sève, porteuse de vie.
Alors il se redressa, leva les yeux au ciel, et sût que quelque chose avait changé.
Le cerveau en ébullition, il réfléchissait à toute vitesse. Que se passait-il ?
Arrivant près du camp des Libres, il vit de l'animation, plusieurs silhouettes se déplaçant parmi les tentes. Il accéléra, jusqu'à courir à perdre haleine, et s'arrêta, béa de surprise.
Son Parrain était là, discutant avec... avec le Commandant ! Et Silaki ! Et Eras ! Et... Et... Et tous ces Libres devant lui !!
Teteve fit trois pas hasardeux, et s'écroula en arrière, les yeux au ciel, les bras en croix.
Un sourire fendait son masque, son coeur emplit d'allégresse : "La Garde Noire reprend du service !!"
Texte de Teteve, Août 2008. Merci à toi ...

Les Libres aux Chutes de Virginia, le 10.05.2007
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